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La ruée vers les gazodollars et pétrodollars du Québec

1er novembre 2012 - Par Donald Charette

Junex et Pétrolia, deux acteurs majeurs dans la conquête des grandes richesses naturelles sous-exploitées au Québec, soit le gaz naturel et le pétrole, nous livrent leurs stratégies, alors que l’industrie est en pleine controverse.

Les pétrodollars

« Quand les pétrodollars vont rentrer, les Québécois vont y croire. Ça ouvre la porte à
tout. Pour nous, c’est le commencement d’un rêve qui a débuté en 2005. » André Proulx préside la compagnie Pétrolia, l’entreprise québécoise qui a des droits sur
plus de 70 % du potentiel pétrolier de la province, en Gaspésie et sur l’île d’Anticosti. Dans ses élégants et très modernes bureaux du boulevard Charest, il explique en
entrevue la stratégie de développement de son entreprise, stratégie qui, si elle se
matérialise, profitera à tous les Québécois.

Pétrolia a été projetée dans l’actualité en raison de la présence du pétrole dans le sous-sol d’Anticosti. Des militants écologistes soutiennent que Pétrolia a réussi le « vol du siècle » en mettant la main sur les permis d’exploration de l’île, permis dont Hydro-Québec voulait se départir. Des chiffres hallucinants ont circulé. « Ça me fait sourire. Les gens ont ri de moi en 2008 quand j’ai signé avec Hydro. Shell et Hydro-Québec n’avaient rien trouvé. Moi, j’étais certain de trouver quelque chose et je ne me suis pas occupé de l’opinion des autres. C’est insultant de se faire dire que nous avons réussi le vol du siècle », tranche André Proulx, qui attribue cette charge aux « intellectuels du Plateau… des gens qui veulent empêcher le développement des régions parce qu’ils vivent en ville. »

Pétrolia est, soit dit en passant, disposée à lever le voile sur cette entente secrète lorsque les puits de pétrole seront en production. « Je n’ai aucun problème à en dévoiler le contenu quand les ficelles seront attachées. Ça pèse lourd sur nos épaules. Pour le moment, nous n’avons pas avantage à dévoiler nos points forts sur la place publique. »

Mais l’intérêt pour le Québec est évident sur le plan économique et financier. « Les revenus du pétrole rembourseraient la moitié du déficit commercial québécois, c’est une méchante belle solution à court et moyen terme », dit-il, sans compter que cette filière représente une belle carte de visite. « Si la première ministre Pauline Marois peut démontrer aux financiers que nous possédons des produits du pétrole, le Québec ne sera pas décoté », philosophe-t-il.

André Proulx, président de Pétrolia, en compagnie de sa fille Isabelle, qui est vice-présidente au développement.
André Proulx, président de Pétrolia, en compagnie de sa fille Isabelle, qui est vice-présidente au développement.

André Proulx martèle que notre ressource doit être développée par et pour les Québécois en privilégiant le modèle familial (sa fille, Isabelle, est vice-présidente au développement et très impliquée dans l’entreprise). Depuis des mois, il bloque des tentatives de prise de contrôle de Pétrolia par des intérêts étrangers. Dans cet univers, Pétrolia, avec sa vingtaine d’employés, est un petit acteur… avec bien du potentiel.

De nouveaux forages seront entrepris en janvier et Pétrolia sera en mesure de demander un bail de production en avril prochain près de Gaspé. Si tout se passe comme prévu, ce serait le début des pétrodollars.

L’entreprise a complètement délaissé le gaz de schiste pour l’or noir du Québec. André Proulx raconte qu’il était en désaccord avec l’approche de l’industrie du gaz. « C’était une mauvaise façon de fonctionner dans le contexte québécois. L’exploitation du gaz doit se faire en région-ressource. En région agricole, les cultivateurs sont des entrepreneurs qui n’aiment pas être envahis. Il était évident qu’on se dirigerait dans un mur », explique celui qui insiste sur l’acceptabilité sociale des projets de développement.

Pleins gaz sur les gazodollars

Junex a été la première entreprise à vendre du pétrole québécois à la raffinerie Ultramar. C’était en 1994. Le chef de la direction de Junex, Jean-Yves Lavoie, croit pourtant qu’il faut investir d’abord et avant tout dans la filière du gaz naturel, bien que son entreprise explore le potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti.

Junex détient des permis d'exploitation sur plus de cinq millions d'acres au Québec.
Junex détient des permis d’exploitation sur plus de cinq millions d’acres au Québec.

Ingénieur pétrolier, Jean-Yves Lavoie a fondé la compagnie en 1999 et, depuis, a quadrillé les bassins sédimentaires propices à l’accumulation d’hydrocarbures. Aujourd’hui, Junex détient les permis d’exploration sur plus de cinq millions d’acres, soit dans les Basses-Terres du Saint-Laurent, les Appalaches, la Gaspésie et l’île d’Anticosti.

"Au Québec, nous n’avons pas cette culture du gaz et du pétrole", explique Jean-Yves Lavoie, fondateur de Junex.

« La richesse du Québec est plus dans le gaz que dans l’huile, explique M. Lavoie. Trois trillions de pieds cubes de gaz, c’est 40 ans de production. » Junex est une petite entreprise, mais un gros acteur dans le domaine de l’exploration au Québec. Si son potentiel gazier est estimé à 3,5 trillions de pieds cubes, son portefeuille pétrolier représente 20 millions de barils en Gaspésie seulement.

Une certaine frénésie s’est emparée de certains milieux qui considèrent que l’or noir d’Anticosti fera en sorte que le Québec rejoindra des producteurs de pétrole comme l’Alberta ou la Norvège. En Norvège, le pétrole et le gaz constituent 30 % des revenus de l’État, de quoi faire rêver ! Au cours d’une entrevue réalisée à ses bureaux de Sainte-Foy, le grand patron de Junex tempère les attentes et suggère des pistes de développement. Avec le recul, il considère que la « pause » qui a été imposée dans la mise en valeur du gaz de schiste est salutaire. La « pause », c’est le moratoire temporaire décrété par le gouvernement libéral. « L’annonce de 2008 a lancé un stampede. Le fait que la population se soit soulevée a tout arrêté. C’est clair qu’il y a eu de la panique et que le gouvernement a été pris de court. Pour des petites entreprises, comme nous, cette pause a été salutaire, parce qu’on n’était pas assez gros pour passer au travers. Au Québec, nous n’avons pas cette culture du gaz et du pétrole », affirme celui qui a travaillé aux États-Unis pendant plusieurs années.

De gros intérêts étrangers auraient eu vite fait de sortir les compagnies québécoises du carré de sable. Attention, par contre, il ne faudrait pas que cette pause devienne permanente. « Sinon, on va faire comme Total, on va poursuivre », dit-il, soulignant que Junex a investi 60 millions de dollars en exploration sur ses propriétés. Déjà que dans le contexte actuel, il est devenu impossible de lever du financement, Jean-Yves Lavoie croit qu’il faut relancer l’exploitation du gaz de schiste. Pour calmer le jeu, il suggère que le gouvernement s’implique et soit le maître d’œuvre de deux projets-pilotes de démonstration et qu’il édicte des règles claires. « Il faut développer des projets industriels safe. »

Sur la carte, il pointe la grande région de Bécancour et son parc industriel, région où on a déjà stocké du gaz sans problème. En utilisant des terres publiques, loin des secteurs résidentiels, on éviterait le psychodrame qui a agité le Québec. Il n’hésite pas à dire que certaines compagnies ont nui au gaz en travaillant « comme des cochons ». L’ingénieur est catégorique, la fracturation de la roche peut se faire de façon sécuritaire et en tout respect de l’environnement.

Quand il se tourne vers l’avenir, Jean-Yves Lavoie considère que le gouvernement devra prendre une part active dans la mise en valeur des hydrocarbures et s’assurer que les retombées profiteront à tous les Québécois. « En développant nos ressources souterraines, on sauve deux milliards de dollars par année. Notre industrie sera étroitement associée à l’État, qui devrait prendre des participations jusqu’à hauteur de 50 %. Le gouvernement n’a pas à “staffer” des structures et, d’ailleurs, il n’en a pas les moyens. Il n’a pas affaire non plus dans l’exploration. Au bout du compte, de 70 à 75 % des revenus retourneraient au Québec. »

Dave Pépin, vice-président aux affaires corporatives de Junex, s’étonne de la résistance
de certains milieux. « Chaque année, nous importons pour 15 milliards de dollars de pétrole et pour 2 milliards de dollars de gaz, et nous n’en produisons aucune goutte. Il n’y a pas beaucoup de nations qui considéreraient ce potentiel comme une mauvaise nouvelle. »

Anticosti : 1,5 milliard de barils de pétrole

Des études indépendantes évaluent à 34 milliards de barils les réserves d’Anticosti. À
peine 5 % est récupérable, ce qui représente tout de même 1,5 milliard de barils.
L’hydrocarbure est « coincé » dans la roche-mère, mais Pétrolia, contrairement à ses
prédécesseurs, croit pouvoir l’extraire. On mise sur de nouvelles techniques, notamment la fracturation à l’huile plutôt qu’à l’eau. Grâce à l’évolution de la
technologie, Pétrolia pense réussir là où les autres ont échoué. Quant à l’impact environnemental, il serait minime. « Vous ne nous verrez pas passer »,
résume André Proulx.

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